Sur le site du Nouvel Économiste, à retrouver ici.

Morceaux choisis :
“Pour moi, la prospective est d’abord une philosophie. Je ne souhaite pas rester spectateur d’un futur qui se fabrique sans moi ou être victime d’un futur qui serait décidé par les autres. Les gens qui font de l’analyse stratégique aiment bien emmener tout de suite leur client vers des schémas forces-faiblesses ou menaces-opportunités. Or, un même vent peut être porteur pour l’un et contraire pour un autre. Sénèque le disait bien : “Il n’y a pas de vents favorables pour celui qui ne sait pas où il va.” Etre un fabricant de futur revient à se positionner comme un entrepreneur d’avenir. L’objectif de la prospective n’est pas de faire des utopies.”
“Contrairement à ce que l’on croyait il y a 30 ou 40 ans, la société ne change pas au même rythme que la technologie. La technologie se diffuse sous condition d’appropriation sociale. Cela peut être très lent comme le télétravail ou plus rapide comme le compact-disc.”
“Les principaux consommateurs de prospective sont des cadres en entreprises publiques ou privées, et dans les administrations. Le problème de ces spécialistes est qu’ils sont souvent isolés. La prospective essaye de créer un dialogue, de trouver un langage commun et un système de représentation commun entre différentes disciplines.”
“Ils nous demandent quel est le bon choix. La discussion avec le décideur est une question difficile, surtout avec le décideur politique. Ils recherchent souvent une caution pseudo-scientifique. Le prospectiviste met le responsable devant ses… responsabilités. Il ne dira pas quel est le bon choix à faire. Il ne fait que donner son intime conviction à propos de tendances lourdes et d’enjeux, puis il propose différentes options possibles. (…) Le travail du prospectiviste s’arrête là. Au-delà, c’est aux décideurs de “jouer” et de prendre leur responsabilité. Dans l’entreprise, ce dialogue se passe en général plutôt bien. En revanche, la prospective dans la sphère publique ressemble souvent à une partie de bras de fer.”
“J’avais un père qui n’était pas du tout un chef d’entreprise. Il était un intellectuel, journaliste, enseignant puis écrivain, qui s’est intéressé à la prospective. (…) Futuribles était au départ une association parapublique présidée par Pierre Massé. J’ai découvert la prospective aux Etats-Unis. Lorsque l’association a déposé le bilan, je l’ai reprise à l’insu de mon père. Je n’avais pas de bonnes relations avec lui. J’ai d’ailleurs suivi une voie indépendante. Intellectuellement, il a néanmoins beaucoup compté pour moi. Futuribles est d’abord une aventure intellectuelle puis collective, avec un réseau d’intellectuels de pays différents dans des domaines différents allant de la génétique à l’anthropologie en passant par l’économie, les sciences politiques ou l’histoire. Nous ne faisons pas de la prospective un commerce, même si nous en vivons.”
